-> J’ai continué à faire mes courses en grande surface mais j’ai commencé à observer les étiquettes pour savoir ce que contenait les produit, j’ai évité les produits suremballés. Puis, je me suis penchée sur les articles recyclés, puis, sur les rayons de légumes, de fruits et de viande bios, puis, sur le rayon épicerie bio…

-> Mais les produits bios en grande surface n’étaient pas très diversifiés, donc je suis allée faire un tour dans le petit supermarché bio à côté de la grande surface. A partir de là, j’ai combiné les 2, grande surface et supermarché bio. Mais très vite, je me suis rendue compte que je perdais beaucoup trop de temps en trajet. Les grandes surfaces sont toujours en banlieue et il me fallait déjà une bonne 1/2 heure voire parfois 3/4 d’heure pour me rendre sur place. Ensuite le temps de faire les courses dans la grande surface avec la queue aux caisses puis de faire le reste des courses dans le supermarché bio, c’était interminable. Autre point négatif, le coût. En grande surface, vous le savez, la sollicitation commerciale est importante et j’achetais plus que ce dont j’avais besoin (Heureux celui qui s’en tient à sa liste dans ce temple de la consommation!) et à cette consommation exagérée se rajoutait ma nouvelle passion pour le bio. Bref, c’était la ruine. Alors, j’ai cherché d’autres solutions. La simplicité volontaire m’a fourni des clés pour résoudre mon problème. Comment simplifier tout ça?
Avant tout, la meilleure solution pour éviter embouteillages et pollution, était de ne pas prendre la voiture pour faire les courses. J’ai tenté plusieurs expériences:

-> Tout d’abord spontanément, j’ai pensé au marché bio. Le marché à lieu le samedi matin, en plein air, bien plus agréable que de s’enfermer dans une grande surface. On voit les producteurs, les produits sont corrects et régulièrement des gens tractent et me tiennent informée sur le bio et l’écologie. Mais ce n’est pas la solution idéale pour moi. Je dois me rendre à vélo ou à pied sur le marché et au retour, une fois chargée, j’ai quelques difficultés à faire le trajet. De plus, je ressens clairement que la clientèle visée est une clientèle aisée et les prix sont vraiment très élevés.

-> Un jour de marché, je prends contact avec une association qui propose des paniers de légumes. Il s’agit d’une AMAP (Association de Maintien de l’Agriculture Paysanne). Suite à une forte demande dans mon quartier, une AMAP sera crée à côté de chez moi, je m’inscris. Nous rencontrons un producteur et nous prenons un engagement réciproque: Nous payons d’avance la saison et lui s’engage à nous fournir un panier de légumes toutes les semaines sur un point de rendez-vous dans le quartier. Pour 15 euros, nous aurons des légumes pour environ 3 personnes. Les membres de l’association doivent assurer au moins une fois dans la saison la distribution des légumes. Au fil des semaines, nous faisons vraiment la rencontre d’un producteur. Il parle de son exploitation, de ses difficultés, des plantes sauvages. Nous découvrons des variétés de légumes totalement méconnues jusque là et la qualité est vraiment au rendez-vous. On s’habitue très vite au goût exceptionnel des produits au point de ne pas pouvoir revenir en arrière. Le prix est vraiment correct. En revanche, certaines choses me refroidissent un peu. Si j’étais partie sur un simple donnant-donnant (le producteur me fournit des légumes et en contrepartie tous ensemble on lui achète la totalité de sa production), les autres membres de l’association avaient tendance à rentrer un peu trop dans l’assistanat. De plus, en grosse majorité, ils sont en mal de campagne et de nature et certains voient dans la ferme du producteur un pied à terre pour prendre l’air le week-end. Et puis, un des gros inconvénients du panier, c’est que l’on a les mêmes problèmes qu’avec un jardin, notamment l’arrivage massif d’une même variété pendant plusieurs semaines sans avoir ni la place ni l’équipement pour conserver. Donc il y a beaucoup de gâchis. Le système de cette AMAP (chaque AMAP a son fonctionnement et son producteur) ne me convient pas mais elle m’a beaucoup appris.

Enfin, je finis par me poser une question: Pourquoi me compliquer la vie alors que j’ai la chance d’habiter dans un quartier avec des commerces et notamment un magasin bio?

-> Je vais donc faire mes courses dans une épicerie bio qui est bien achalandée et je complète avec les autres petits commerces classiques. J’ai enfin trouvé ma solution idéale. Je ne prends pas la voiture et je peux facilement transporter les courses au retour puisque c’est à côté de chez moi. Je fais travailler des commerçants de proximité qui sont ravis de me voir et sont donc très accueillants. Ils me reconnaissent (Je vous assure que ça contribue au bien être ;-). Je ne fais pas la queue à la caisse. Mes courses complètes sont faites en 1 heure maximum. Je ne fais plus d’achats compulsifs (Pas de gadget ou promos tentantes et je fais attention à ne pas trop me charger pour le retour). Je dépense beaucoup moins. Si vous êtes persuadés que vos courses vous reviendront plus chers si vous les faites dans votre quartier, tentez l’expérience, vous verrez qu’au final, vous vous en sortirez pas si mal que ça et qu’en plus vous évitez de vous enfermez des heures dans une grande surface, vous serez plus détendus et vous gagnerez du temps. Bien sûr au début, vous serez un peu perdus, moi j’avais oublié que les quincailleries existaient pour acheter des outils par exemple, évidemment puisqu’on trouve tout en grande surface! Et puis, il y a des choses dont on apprend à se passer, ou bien on remplace par autre chose, c’est fou comme on s’attache vite à une marque par exemple. On a ses petites habitudes et tout est chamboulé.

Avec le déménagement à la campagne, il a fallu que je trouve une autre organisation: Plus de petits commerces à 3 pas. Dans tous les cas, je suis obligée de prendre la voiture.

-> Je m’interroge et en attendant de trouver une solution, je pratique la moyenne surface du coin. Ce qui est sympa, c’est que je rencontre des gens que je connais mais je suis sérieusement déprimée par la perspective d’être à nouveau enfermée dans ces grands espaces. Les fruits et légumes sont vraiment horribles et fades (habitués que nous étions au bon goût des légumes de qualité), les achats compulsifs sont de retour, je dépense plus et je passe plus de temps à nouveau à faire mes courses.
-> Très vite, je découvre une épicerie bio à proximité de chez moi: il y a beaucoup moins de produits frais mais le magasin est tout de même bien achalandé. La commerçante semble opter en priorité pour des producteurs locaux, les prix sont légèrement moins élevés qu’à Toulouse. L’accueil est plaisant. Pour compléter mes courses, il y a le marché traditionnel du samedi matin juste à côté du magasin bio. C’est un vrai plaisir de faire ce petit marché local. Je croise des vieilles connaissances, je ne suis pas enfermée. Le marché est vivant, animé, les producteurs sont locaux, certains vendent des produits bios mais ne ressentent même pas le besoin de communiquer dessus. La qualité est au rendez-vous. Les commerçants me voient pratiquement toutes les semaines et commencent à me reconnaître. Certains me font des petits cadeaux, de beaux sourires, d’autres engagent la conversation, me serrent la main. Cette convivialité là, je ne l’ai jamais rencontré ailleurs et j’adore.

Avec notre installation à la campagne, la voiture est devenu indispensable pour faire les courses hebdomadaires. En ville, je pouvais très bien m’en passer. C’est un point négatif mais l’option marché + épicerie me paraît la meilleure car elle m’évite de multiplier les allers et venues pour l’alimentation. En une seule et courte étape de voiture, je peux subvenir à tous mes besoins, il y a absolument tout. Je prends un grand plaisir à faire mes courses car je ne suis pas enfermée, les gens sont sympathiques, les légumes ne sont pas forcément bios sur le marché mais les producteurs sont locaux (les légumes ne proviennent pas de milliers de kilomètres de là) et de très bonne qualité. En optant pour un petit producteur et non les gros revendeurs, je soutiens un paysan dans son activité.

Pour rébondir sur l’article de HK, selon moi la question de la différence de prix entre la ville et la campagne est sensiblement faussée par un autre facteur: le mode de consommation. La ville encourage une consommation de masse. Nous sommes constamment sollicités et l’achat compulsif fait partie du quotidien et prend même des allures d’art de vivre. Pourtant il est possible même lorsqu’on habite en ville d’avoir un mode de consommation plus traditionnel, plus proche du producteur (amap, marché, petits commerces locaux) et donc d’une certaine manière plus écologique. A la campagne, ce mode de vie là est plus facile et vient plus naturellement (marché locaux, vente directe à la ferme, potager…) d’autant plus que la variété et le nombre des commerces n’est pas au rendez-vous. Pour moi, il est évident qu’essayer de conserver un style de vie urbain à la campagne revient très cher et prend beaucoup de temps. En revanche, adopter un mode de vie plus traditionnel, bien que longtemps décrié et jugé passéiste, permet de vivre de manière tout à fait confortable, pas si éloigné que ça des critères contemporains, et comble du paradoxe, de consommer mieux et moins cher.