Une journaliste de l’Express, qui préparait un dossier sur le bonheur est tombée par hasard sur mon blog, en cherchant des infos sur la simplicité volontaire. Elle m’a contacté car elle souhaitait avoir quelques témoignages pour illustrer son article. Je n’étais pas sûre d’être la personne la plus appropriée pour témoigner sur le bonheur et la simplicité volontaire mais j’ai tout de même répondu avec plaisir aux questions.

L’article paraît aujourd’hui, il est visible ici.

Voici de manière plus détaillée ce que la journaliste m’a demandé et ce que j’ai répondu:

- Que mettez-vous derrière le terme “bonheur”?

Pour la plupart d’entre nous, le bonheur, c’est un certain bien-être, une harmonie intérieure mais la manière dont on trouve cet équilibre-là est très subjective et liée à notre histoire personnelle.

Pour moi, le bonheur se trouve dans tout ce qui me rapproche avec moi-même. Lorsque je ne respecte pas mes valeurs dans mes actes, lorsque je m’abrutis devant la télé, lorsque je ne prends pas du temps pour penser, lorsque je nuis à quelqu’un, lorsque je me coupe de la vie, de la nature trop longtemps, je m’éloigne du bonheur…

- Votre conception du bonheur a-t-elle évolué ces dernières années? Pourquoi? Comment?

Oui, enfant, le bonheur, c’était quelque chose de très abstrait que j’atteindrais dans un futur probable, en réalisant tous les rêves que j’avais dans la tête. Puis, adolescente, la notion de bonheur a recouvert quelque chose de plus concret: rentrer dans le monde adulte et notamment dans la société de consommation et pouvoir s’offrir tous ses petits caprices. Ensuite, on découvre que ces gens « qui avaient tout pour être heureux » ne le sont pas pour autant et que le bonheur est quelque chose de bien plus complexe.

- Quels sont pour vous les “ingrédients” du bonheur? Comment les avez-vous “trouvé” (rencontres, lectures, réflexions)?

Je crois qu’il ne peut y avoir de bonheur sans se préserver un minimum, et pour se préserver, il faut se donner du temps. Avoir le temps de penser, faire des projets, se recentrer sur ce que l’on aime réellement. Consacrer du temps pour échanger avec son entourage, parler de la pluie et du beau temps avec la boulangère, refaire le monde avec ses amis, ou simplement faire ensemble les choses simples du quotidien comme la cuisine ou autres. Prendre du temps pour créer des choses, faire son petit potager, écrire des poèmes, faire des photos insolites…

Je suis une grande lectrice et il y a plusieurs livres qui m’ont apporté beaucoup, des livres sur la simplicité volontaire comme La vie simple mode d’emploi de Elaine St James, et d’autres qui surfent aussi sur nos insatisfactions, L’Art zen du temps de Eric Pigani, L’Art de la simplicité et L’Art de l’essentiel de Dominique Loreau. Le site du Réseau Québécois pour la Simplicité Volontaire http://simplicitevolontaire.info/ m’a donné beaucoup de pistes pour, comme ils le disent, « pratiquer cet art de vivre favorisant le bonheur ».

- Comment faites-vous/avez-vous fait pour mettre en œuvre ces ingrédients dans votre vie?

J’ai commencé par essayer de chasser de ma vie tout ce qui pouvait être « mangeur de temps » et qui ne m’apportait rien ou si peu : j’ai choisit de ne pas avoir de téléphone portable qui est pour moi, paradoxalement, un frein à la communication, de perdre le réflexe d’allumer la télévision sans raison, de faire le vide dans ma maison pour passer moins de temps à la ranger, de passer moins de temps devant un ordinateur pour passer plus de temps à la lumière du jour, de ne pas me distraire en allant m’enfermer dans un magasin…

En fait, il est nécessaire de remettre les choses à plat progressivement. Certaines activités, certains objets nous paraissent indispensables et pourtant, en toute objectivité, et si on prend de la distance par rapport aux coutumes de notre société, elles peuvent être, pour nous, totalement inutiles.

Une fois que mon emploi du temps a été un peu plus aéré, j’ai pu me reconnecter avec moi même et m’offrir mes petites tranches de bonheur au quotidien.

- Qu’est-ce que la “simplicité volontaire” pour vous? Comment la mettez-vous en œuvre au quotidien?

Le réseau de la simplicité volontaire prône un retour à la simplicité. L’abondance dans laquelle vit le monde occidental et dans tous les domaines est vue comme quelque chose de négatif qui ne laisse pas de place au bonheur. Pour être plus concret, si vous achetez des pommes en toutes saisons parce que votre supermarché en propose, vous passerez à côté du plaisir que l’on éprouve en croquant dans la première pomme de l’année et ce sont ces petites choses-là qui font le bonheur.

Ce n’est pas un concept révolutionnaire mais ça m’a permis d’entamer une réflexion sur le superflu, tout ce qui complexifie ma vie et peut la rendre insupportable pour me concentrer sur des choses plus agréables et qui étaient en adéquation avec mes idées écolos et en plus, mes faisaient faire des économies! J’ai donc abandonné le chemin de la grande surface qui gâchait mon temps et ma bonne humeur pour aller au marché et à la petit épicerie du coin, j’ai éteint la télé et cuisiné plus souvent, j’ai acheté moins mais mieux… Cette réflexion peut aller très loin puisque Elaine St James par exemple raconte qu’elle s’était endettée pour vivre dans une grande maison et qu’elle a non seulement revendue sa maison pour en acheter une plus petite mais a en plus quitté son boulot pour faire quelque chose de moins stressant, vu qu’elle n’avait plus besoin de gagner autant pour payer son crédit…

- Faites-vous un lien entre cette simplicité volontaire et votre bonheur?

Disons que la simplicité volontaire donne des clés pour repartir sur des bases saines et se retrouver, se reconnecter avec soi.

- Diriez-vous que la recherche du bonheur est un “travail” (autrement dit quelque chose à quoi il faut veiller, quelque chose qu’il faut entretenir)?

Oui, c’est une réflexion permanente sur tout ce qui parasite notre vie. Il y a ce qui est déjà installé et qu’il faut remettre en cause, c’est pas toujours facile, et puis il y a tout ce qui nous tente et que la publicité essaie de nous vendre: la famille heureuse parce qu’elle a la dernière voiture familiale, le couple uni parce qu’ils ont une superbe cuisine encastrée… Des modèles qui nous enchantent et nous font oublier que ce n’est pas forcément notre idéal de vie à nous.

- Diriez-vous qu’il est facile aujourd’hui d’être (et de se dire) heureux? Pourquoi?

Disons que nous avons des outils de réflexion pour contribuer à notre bonheur mais il y a des modèles véhiculés par la société actuelle qui nous donne l’illusion du bonheur et font peut-être que la remise en question est plus difficile.